
Dark-Side, ce n’est pas le retour de la bit-lit. C’est le retour du vampire.
Les vampires seraient-ils de retour ?
Après avoir envahi les rayons des librairies, connu leurs heures de gloire puis avoir été déclarés passés de mode, ils recommencent à montrer leurs crocs.
Cela tombe plutôt bien : ceux de Nathy Lyall n’étaient jamais vraiment partis.
À l’occasion de la nouvelle édition de Dark-Side et du retour prochain de Kiss Me Deadly, nous avons eu envie de parler vampires, dark fantasy, romance, violence et surtout d’Invictae Tenebrae, un univers qui se prête assez mal aux étiquettes.
Tu as récemment écrit : « Dark-Side, ce n’est pas le retour de la bit-lit. C’est le retour du vampire. » Pourquoi cette distinction ?
Parce que je n’ai rien contre la bit-lit, mais que Dark-Side n’en est tout simplement pas.
Aujourd’hui, je le définirais plutôt comme de la dark fantasy contemporaine adulte.
La différence n’est pas seulement une question d’étiquette. La romance existe dans Dark-Side, mais elle n’est pas la charpente du récit.
Il suffit d’un test très simple : enlevez-la de Dark-Side, le roman tient toujours.
Les disparitions, l’enquête, la découverte progressive des vampires, leur société, leurs règles et leurs conflits demeurent.
Les relations amoureuses comptent pour mes personnages. Elles les transforment, influencent parfois profondément leurs décisions. Mais elles ne constituent pas nécessairement le moteur de l’histoire.
Pourtant, tu écris aussi de la romance.
Bien sûr. Anamorphose est une romance.
Je n’ai aucun problème avec ce mot. En revanche, une romance n’est pas nécessairement pour moi une histoire légère ou confortable.
Dante, dans Anamorphose, en est un bon exemple. C’est un vampire qui a passé cent cinquante ans sous l’emprise de Lucrezia. Il a été son esclave et son souffre-douleur.
Une amie m’a d’ailleurs dit un jour que j’avais écrit de la dark romance avec dix ans d’avance.
La formule m’amuse parce que je ne cherchais absolument pas à anticiper un genre. J’écrivais des personnages, une histoire, leurs failles et leurs relations.
Les étiquettes sont venues après.
Sang d’Ombre est justement présenté comme une dark romance par son éditeur.
Et je comprends ce classement. Mais il y a une nuance à laquelle je tiens : la relation violente de Sang d’Ombre n’est pas la romance.
Angelyne, une jeune assujettie, est enlevée par Thomas, le « frère » de son fiancé. Thomas est un vampire psychopathe et les premiers chapitres sont extrêmement violents.
Mais Thomas n’est pas le dark love interest.
C’est l’antagoniste.
Pendant ce temps, Cathal enquête sur leur disparition. Au court du roman, ses recherches vont révéler des choses beaucoup plus vastes : les pratiques du clan dont vient Angelyne, des trafics d’enfants et des ramifications qui conduisent notamment vers le clan d’Ashtart.
Cathal finit par sauver Angelyne.
Mais être sauvée ne signifie pas aller bien.
C’est alors que commence sa reconstruction et qu’elle rencontre Swann, à qui Edern a confié l’instruction du procès de Thomas.
Peu à peu, ils tombent amoureux.
Angelyne porte les conséquences de ce qu’elle a subi. Swann, lui, a ses addictions et une forte tendance à l’autodestruction.
Ils ne vont pas se guérir miraculeusement l’un l’autre.
Ils vont essayer de vivre ensemble avec ce qu’ils sont.
La violence semble occuper une place importante dans tes romans.
Oui, mais ce qui m’intéresse peut-être le plus est ce qu’elle laisse derrière elle.
Elle peut être physique, sexuelle, psychologique, sociale. Elle peut être exercée par quelqu’un d’autre ou retournée contre soi.
Angelyne subit la violence de Thomas. Dante porte les conséquences de cent cinquante années sous l’emprise de Lucrezia. Chez Swann, elle prend notamment la forme de l’autodestruction.
Je m’intéresse beaucoup à l’après.
Comment continue-t-on à vivre ? À faire confiance ? À aimer ? Que fait-on de la peur, de la colère ou des mécanismes que l’on a développés simplement pour survivre ?
L’amour peut aider. Il peut modifier une existence. Mais il n’efface ni un traumatisme ni une addiction.
Mes personnages peuvent survivre. Cela ne signifie pas qu’ils en sortent indemnes.
Entre dark fantasy, thriller, romance et fantastique, comment classes-tu finalement tes romans ?
Comme un joyeux mélange.
Enfin… « joyeux » n’est peut-être pas le mot le plus approprié quand on regarde ce que je fais subir à certains de mes personnages.
Je ne pars pas d’une catégorie éditoriale en me demandant quels éléments je dois réunir pour en respecter les codes.
Je pars d’une histoire.
Si elle a besoin d’une enquête, j’utilise les mécanismes du thriller. Si une relation amoureuse devient importante, elle prend sa place. Si le récit doit devenir sombre, il le devient.
C’est pour cela que les romans d’Invictae Tenebrae peuvent être très différents.
Dark-Side relève de la dark fantasy contemporaine adulte avec une forte dimension d’enquête.
Sang d’Ombre se rapproche de la dark romance et du thriller fantastique.
Anamorphose est une romance sombre.
Kiss Me Deadly nous emmène dans les années 70, au milieu du punk, des clubs underground, de l’art et de la musique, autour de Swann et Brian.
Le genre change.
L’univers reste.
Cela signifie que la romance n’est pas indispensable à tes histoires ?
Non. Certaines en ont besoin, d’autres non.
Et même lorsqu’une histoire d’amour existe, sa place peut être très différente d’un roman à l’autre.
Je ne décide pas qu’il doit y avoir une romance parce que j’écris des vampires. Je pars de mes personnages et de ce qui leur arrive.
Parfois une relation amoureuse devient essentielle.
Parfois elle reste secondaire.
Parfois elle n’a simplement aucune raison d’exister.
Je crois que cela résume assez bien ma façon d’écrire : je ne pars pas d’un genre pour fabriquer une intrigue. Je pars d’une histoire et le genre se construit autour d’elle.
Qu’est-ce qui fait alors l’unité d’Invictae Tenebrae ?
Les vampires.
Ou, plus exactement, les Ichoriens.
Ils ont leurs origines, leur physiologie, leurs lignées, leurs lois, leurs clans, leurs alliances, leurs conflits et leur histoire.
Certains naissent vampires. D’autres le deviennent.
Surtout, leur monde existe indépendamment du personnage dont je raconte momentanément l’histoire.
C’est essentiel pour moi.
Lorsqu’un humain découvre les Ichoriens, leur société ne vient pas d’apparaître pour lui servir de décor. Elle existait avant sa naissance et continuera probablement longtemps après sa mort.
Le lecteur ne voit qu’une partie d’un monde beaucoup plus vaste.
Il vient simplement d’en pousser une porte.
Pourquoi toujours des vampires ?
Parce que je n’ai pas fini avec eux.
Le vampire permet de parler de la mort et de l’immortalité, bien sûr, mais aussi du temps, de la mémoire, du pouvoir, de la sexualité, de la famille, de la solitude ou de l’évolution des sociétés.
Que devient quelqu’un qui traverse plusieurs siècles ?
Comment aime-t-on lorsque l’on peut survivre à ceux que l’on aime ?
Comment une société composée d’êtres pratiquement immortels évolue-t-elle au contact des humains ?
Il me reste beaucoup trop de questions pour ranger mes vampires au placard. Et puis, je les aime bien.
Et puisqu’ils semblent aujourd’hui avoir décidé de revenir dans les rayons des librairies, le moment est plutôt bien choisi.
Après tout, on a annoncé leur mort un nombre impressionnant de fois.
Pour des immortels, c’est assez ironique.
Alors, s’il faut absolument résumer :
Dark-Side, ce n’est pas le retour de la bit-lit. C’est le retour du vampire.
Et pour le reste ?
J’écris des histoires de vampires pour adultes. Après, je vois dans quels ennuis je peux les mettre.
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